
Le 1 %
2005-04-11 à 1 h 34Un récent billet sur Logomacy, intitulé “How Historical Linguistics demonstrates that Intelligent Design isn’t science”, me rappelle mes années d’université. On y cite cet extrait de Historical Linguistics de R. L. Trask :
our policy of insisting that sound change must be regular is fruitful. If scholars had thrown their hands into the air and declared the troublesome words to be mere exceptions to rhotacism, there would have been no reason to worry about them. By insisting on their regularity, however, they were forced to find explanations for the odd cases, and, as you can see, they have been very successful in finding those explanations—and, as a result, they have wound up knowing rather more about the history of Latin than might otherwise have been the case.
J’ai été formée dans une école théorique (la « psychomécanique du langage »), moins répandue que d’autres, qui s’intéressait à ce qu’il convient d’appeler des exceptions. Alors que d’autres théories cherchaient à rendre compte de, disons, 95 % des cas, nous nous intéressions aux 5 %. Comme j’aimais dire, « it’s the 1% that kills you » (ceci provient d’une simulation de combat : un soldat d’élite qui évite 99 % des balles a un très bon score, mais c’est le 1 % qui tue). En cherchant à comprendre pourquoi, dans un cas particulier, ça ne marche pas, on en arrive souvent à une meilleure compréhension du tout. (Bien sûr, il faut partir d’un modèle qui rend compte des grandes lignes.) Mais les gens avec qui on en discutait avaient souvent de la difficulté à comprendre cette approche. Il y a un réflexe, dans plusieurs théories linguistiques, de repousser du revers de la main les contre-exemples (j’imagine qu’il en est de même dans tous domaines), accompagnant ce refus d’un commentaire comme « Ah, ça, c’est du langage poëtique » (comme si la poësie ne tirait pas sa force des possibilités insoupçonnées de système de la langue). Cette attitude, réconfortante pour celui qui l’arbore, m’a toujours hérissé.

