Foire aux idées
Une collections d’idées, farfelues ou non

 

Archives de la catégorie « 'Linguistique »

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il y a des questions comme ça

2007-09-12 à 17 h 21

« Si on appelle un orange une orange, pourquoi on n’appelle pas une banane une jaune? ». Parce que la couleur tire son nom du fruit. Mais cela soulève une autre question : comment appelait-on cette couleur avant l’introduction des oranges en France? (Et c’est pas seulement en français, dans toutes les langues européenne que j’ai consulter, on a le même mot pour les deux!) Y avait-il même un nom particulier pour cette couleur? Ou était-ce vu comme une vairété de jaune? Après tout, on entend souvent « jaune-orange » (c’est d’ailleurs le nom de cette couleur en hongrois).

Comme je disais, il y a des questions comme ça…

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Ah, les possessifs!

2007-09-8 à 7 h 54

Ah, les possessifs (je parle grammaire, pas les gens possessifs); s’il y a une classe mal nommée, c’est bien celle-ci. Appeler ma, mon, mes des possessifs est quelque peu réducteur, étant donné qu’il ne s’agit là que d’un aspect parmi d’autres de leur utilisation. Lorsque je parle de « mon frère », je ne veux aucunement dire qu’il m’appartient. Une façon facile d’apercevoir les diverses utilisations de ces déterminants est de jeter un coup d’oeil au syntagme « ma photo ». Pris hors contexte, il m’est impossible de savoir vraiment s’il s’agit d’une photo de moi, de la photo que j’ai dans les mains (par opposition à celle que tient quelqu’un d’autre), de celle que je possède ou encore de celle que j’ai prise.

Qu’avons-nous donc ici : trois mots différents ou un seul avec trois sens (considérant que « celle que je tiens » est similaire à « celle que je possède »)? Lorsque tous les mots d’une série (ma, ton, sa, notre, etc.) se comportent d’une même manière, il y a fort à parier qu’il s’agit là de mots uniques et non d’homonymes. Mais avec combien de sens?

Voyons voir ce que nous avons devant nous :
1.    la photo de moi;
2.    la photo que je (dé)tiens;
3.    la photo que j’ai prise.

Dans le cas (3), je suis le créateur, l’origine de la photo; avec (2), j’en suis le possesseur; et, dans le premier cas, j’en suis le sujet. D’une certaine manière, on peut dire que, dans les cas (1) et (3), la photo vient de moi, que ce soit comme sujet ou origine. Quant à (2), bien que la photo ne vient ni ne va nulle part, elle est à moi, ce qui, ponctuellement, peut être vu comme la même chose. (D’ailleurs, ces trois cas de figure sont représentés, dans des langues flexionnelles comme l’allemand ou le latin, par le même cas : le génitif.) il y a dans ces trois cas la notion d’origine.

Qu’en est-il alors de mon frère? Il ne vient pas de moi (surtout que je suis le dernier de famille); mais il est frère par rapport à moi, en vertu de moi. Même chose pour ma meilleure amie : elle est « meilleure amie » par moi, en vertu de moi.

On pourrait dire que les possessifs représentent quelque chose comme « défini par rapport à X ». On peut dire mon mari sans pour autant impliqué de relation d’appartenance, mais plutôt pour signifier « pas n’importe quel mari, celui qui est défini par rapport à moi ».

D’accord, c’est un peu boiteux; mais c’est ce qui arrive lorsqu’on essaie de mettre en mot un sens. Les sens moins lexicaux sont souvent difficiles à cerner, à verbaliser autrement que par le mot lui-même.

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Mélodie langagière

2007-07-16 à 16 h 29

D’un point de vue purement phonétique, bien parler une langue, ce n’est pas tant une question de savoir comment prononcer les lettres selon le contexte, mais surtout de bien saisir, et reproduire, la mélodie de la langue; son rythme, ses accents, sa prosodie, quoi. C’est drôle parce que les livres d’enseignement des langues, bien qu’on y indique où placer l’accent, ont tendance à se concentrer plus sur la prononciation des lettres.

Je me souviens avoir entendu des étudiantes pratiquer l’allemand. Une d’elles savait exactement comment chaque lettre et combinaison se prononçait dans quel contexte (par exemple, le fameux ch qui varie selon la voyelle précédente – à part en Schweizerdeutsch, mais ça, c’est une autre histoire). Pourtant, ça sonnait mal. Une autre se trompait systématiquement dans la prononciation, mais avait la bonne mélodie. Et ça sonnait comme de l’allemand et était plus facile à piger.

C’est un concept qui peut s’avérer difficile à saisir pour un Québécois francophone. En effet, le français (à côté de langue comme l’espagnol, l’allemand, le chinois, le hongrois ou même l’anglais) n’a pas une prosodie très riche; la mélodie est relativement monotone, en particulier ici au Québec (surtout dans les grands centres, en région la mélodie est un peu plus accentuée, plus riche). On n’a qu’à écouter un Québécois parler anglais pour s’apercevoir de cet aspect monocorde.

Ma copine a une très bonne oreille pour les langues; elle peut réciter, au son, une comptine bulgare qu’elle vient d’entendre, comme si elle parlait la langue. (Cela vient peut-être du fait que ses parents ont tous deux un
fort accent; imaginez Bela Lugosi et Nico.) Mais elle a toute la misère du monde à débrouiller le français local : elle n’a pas les repères prosodiques que les autres langues lui offrent. Les variétés européennes du français lui posent par contre moins de problèmes.

Pourquoi cette faible mélodie au Québec? Je m’aventurerais à dire que c’est le résultat d’un processus d’homogénéisation enclenché par la venue de colons de diverses régions de la France. Déjà lors de la traversée, il a fallu homogénéiser un tant soit peu le vocabulaire. La même chose s’est peut-être produite avec les accents : se neutralisant pour rendre la diversité pour compréhensible. Cela expliquerait également pourquoi le phénomène est plus flagrant dans les grands centres, où l’afflux de population externe est plus grand.

Bien sûr, Québec et Montréal ne prononcent pas les lettres de la même manière; mais la prosodie est tout aussi monocorde d’un côté que de l’autre.

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De la voix à l’image

2007-07-2 à 19 h 41

Jeudi prochain (le 5 juillet) à 10 h 30, le laboratoire de Recherche appliquée en linguistique informatique (RALI) nous offre ce qui promet d’être une intéressante présentation d’Elliott Macklovitch et Fabrizio Gotti :

Nous présenterons IdeoVoice II, un projet de collaboration entre la société Oralys et le RALI visant le développement d’un outil d’aide à la communication destiné aux personnes éprouvant certains handicaps (autisme, problèmes d’audition). Nous exposerons le moteur de traduction que nous avons développé, qui convertit les phrases françaises d’un interlocuteur en une suite de pictogrammes compréhensibles par une personne handicapée. Nous ferons une démonstration de ce moteur et mettrons l’accent sur les défis de représentation graphique de certaines constructions grammaticales françaises.

Oralys a déjà mis sur le marché IdeoVoice (I), une application qui « propose un ensemble de phrases préenregistrées, regroupées par contexte et symbolisées par des pictogrammes ». Je n’avais jamais entendu parlé de cette application et je ne sais pas quel en est le succès, mais j’imagine qu’elle pourrait grandement aider quelqu’un frappé d’aphasie, ou une personne muette. Une application issue de ce nouveau projet, bien utilisée, pourrait être d’un grand secours dans l’éducation d’enfants autistes qui ont de la difficulté à saisir la langue.

Ça promet.

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Réseaux, Modèles et Applications

2007-03-29 à 9 h 41

Mercredi prochain, (4 avril), Daniel Memmi, de l’UQÀM offre une présentation qui promet : « Réseaux, Modèles et Applications »

Pour des raisons à la fois sociales et techniques (liées notamment à l’essor d’Internet), la notion de réseau est actuellement très en vogue. Nous passerons alors en revue les principaux modèles qui sont disponibles pour formaliser des phénomènes comme les réseaux sociaux ou la structure du Web. Puis nous présenterons des applications plus récentes à la formalisation de réseaux lexicaux ou conceptuels tels que WordNet. On verra que la modélisation permet de mettre en évidence des caractéristiques qui seraient restées inobservables sans cela.

Le mercredi 4 avril à 11 h 30, à la salle 3195 du Pavillon André-Aisenstadt de l’Univserité de Montréal.

Via RALI

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Simple accord

2007-02-21 à 11 h 51

Avec mes collègues traductrices, nous présentons, depuis l’an dernier, des séminaires de français à nos autres collègues. Dans une ambiance conviviale, nous parlons anglicismes, correspondance, etc. Cette fois-ci, nous nous attaquons à un des grands problèmes de la langue française, l’accord du participe passé.

Tout le monde vous le dira : l’accord du participe passé, c’est compliqué. Vraiment?

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Langue de lit

2006-11-28 à 13 h 36

« J’ai décidé d’apprendre l’arabe, dit-il » Ce à quoi son fils, qui le connaissait bien, répondit avec un sourire : « Elle s’appelle comment? »

Il y a plusieurs années, un homme d’âge mûr, rencontré dans le train entre Munich et Salzbourg, m’expliquait que, pour apprendre une langue, il fallait manger la nourriture locale, sentir l’air, et, bien sûr, coucher avec les locuteurs (du sexe préféré).

On peut trouver, dans les librairies, une bonne quantité de méthodes linguistiques, dont plusieurs sont axées sur l’apprentissage pouvant vous aider à vous débrouiller en voyage. Mais qu’en est-il de ceux qui apprennent une langue pour séduire quelqu’un? N’y a-t-il pas de collection « Le [insérer le nom de la langue] pour le lit »?

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Au-delà de la communication

2006-08-2 à 11 h 26

Invented Usage, dans un récent billet, remettait en question la maxime selon laquelle le but premier du langage est de communiquer :

i’d like to submit (usage liberal that i am) that language has more purposes than just communication. i even believe it goes beyond wallace’s observation that the diction/style/accent we use communicates something about us. language is used to confuse, to distract, to entertain, to kill time, to remember, to make art, to perform ceremonies, all of which could be considered communicative under my usually broad definition… but beyond even that, the ways people judge each other based on language use are PART OF LANGUAGE ITSELF. its purpose is also to divide, include, grade and judge. these functions determine who gets listened to, and in extreme cases, who gets listened to is a matter of life and death.

Je ne peux pas accepter cette idée que la discrimination, les préjugés et l’évaluation sont des fins du langage. Certes, on se sert de notre langage, et notre perception de celui des autres, pour ce faire, mais il serait faux d’en conclure qu’il s’agit d’un but du langage. Cela équivaut à dire que, comme je peux juger de l’habileté manuelle de quelqu’un d’après son maniement du marteau et d’après l’usure de celui-ci, qu’une des fins du marteau est de juger de l’habileté de l’utilisateur. De même, que je puisse me servir d’un marteau comme contrepoids, appuie-livre ou piédestal à schtroumpf ne signifie en rien que ces utilisations font partie des fins du marteau.

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