Foire aux idées
Une collections d’idées, farfelues ou non

 

Archives de la catégorie « 'Isabelle »

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Brièvement exhaustif

2005-03-1 à 10 h 20

Je viens de me rendre compte que mon dernier billet illustre bien une différence fondamentale qui existait entre feue ma fiancée et moi quant à la façon de présenter les choses et les argumentations.

Alors qu’elle prenait la peine de donner le plus de contexte possible avant d’arriver au noeud du problème, afin de s’assurer que l’interlocuteur sait d’où elle tire ses conclusions, j’ai plutôt tendance à faire l’inverse. En effet, il est facile de constater que j’aime présenter les conclusions et ensuite les étayer. Sa méthode a l’avantage de bien cerner le propos, si le désavantage d’être quelquefois un peu prolixe. La mienne par contre se veut brève, mais si le propos est le moindrement inusité ou excentrique, l’interlocuteur peut bloquer d’entrée de jeu et passer à autre chose.

Il est intéressant de constater que ces deux façons de présenter les choses trouvent écho dans nos formations universitaires réciproques. En journalisme, on apprend donner la conclusion avant d’élaborer (la « pyramide inversée » qu’on appelle — bien sûr, je simplifie), ce qui sert à attirer l’attention et à fournir d’entrée de jeu, un résumé au lecteur. Tandis qu’en science, il faut poser toutes les bases avant d’en arriver aux conclusions, question de s’assurer que les conclusions découlent naturellement des données et prédicats présentés. Ce qui est intéressant, c’est que c’est elle qui avait étudié en journalisme et moi en science…

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Vieillir

2004-11-25 à 20 h 41

Quelques jours avant sa mort, Isabelle était tombée sur une histoire que j’étais en train d’écrire. Elle était heureuse de voir que j’avais recommencé à écrire. L’histoire se voulait un conte d’halloween (mais n’a pas été fini en temps). En voici le début, étrangement pertinent:

Les deux jeunes femmes parlaient à la table du café, tandis que le fils de l’une d’elles, un petit garçonais de 2 ans, s’amusait dans l’aire de jeu.
« Depuis que j’ai eu le petit, j’ai l’impression d’avoir vieilli de 10 ans. »
« Avoir un petit, ça ne te vieilli pas — ça fatigue, ça stresse, mais ça ne te vieilli pas. Non, la vien ne fait pas vieillir. C’est la mort qui le fait. Les petites et moins petites morts qu’on vit, les plus grandes qu’on côtoie. Ça, ça vieilli son humain. » répondi, moins sotto voce qu’il n’eu fallu, l’ami Martin, assi à une table voisine.

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In memoriam Isabelle Vadnais

2004-11-25 à 20 h 37

Voici le texte rédigé pour les obsèques de ma fiancée, Isabelle Vadnais, par sa soeur :

Isabelle,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour te rendre hommage, pour commémorer ta vie en ce monde, monde qui ne serait pas le même pour nous si nous n’avions pas partagé des moments de ton existence.

Isabelle, tu as d’abord été le bébé chéri de Pierrette et Réal Vadnais, la petite Babie de ta grande sœur Josée, tu as été la petite-fille, la cousine et la nièce de ta famille élargie. Très tôt tu as rempli la maison familiale de chansons, dont ton célèbre « guan caramel ».

Puis tu as grandi, d’autres ont eu la chance de te découvrir et sont devenus tes amis très chers. Adolescente, tu as continué à remplir la maison de musique, que ce soit à la flûte, au piano ou à la clarinette. Nous étions fiers d’aller t’entendre jouer avec le band de l’école et plus tard d’aller t’entendre chanter le requiem de Mozart.

Très jeune adulte tu t’es ouverte sur le monde et les autres cultures, un grand intérêt pour toi que tu as bien su nous faire partager. Grâce à toi, on s’ouvrait au monde nous aussi. À cette époque, malgré la tempête intérieure que tu venais de traverser, tu décides de partir pour la Bolivie pour apporter ton aide dans un orphelinat. Tu nous as alors impressionnés par ton courage et ta détermination. Tu répétas l’expérience quelques années plus tard, cette fois au Cameroun. Ensuite, tu es fidèlement demeurée impliqué au sein de Carrefour canadien international, car les échanges culturels te tenaient à cœur. Tu étais amoureuse de la culture africaine en général et pendant des années la danse africaine a été une de tes passions. Passionnée, tu l’étais aussi de musique du monde dont tu nous as si bien rempli les oreilles et le cœur.

Tu nous as aussi ébloui les yeux de toutes tes créations artistiques, que ce soit l’impression textile, la photo ou tes chers petits œufs teints. Une visite chez toi n’était jamais ennuyante : musique, décors, costumes, mets exotiques, fous rires, danse africaine et sud-américaine, conversations interminables sur les causes sociales ou le sens de la vie. Ta curiosité débordante était pour nous contagieuse et le demeurera. Au fil du temps, tu es d’ailleurs devenue une référence pour à peu près tout ce qui concerne les cultures étrangères. On ne s’ennuyait pas avec toi! Tu as fait vibrer nos sens. Et quand nos vibrations étaient moins bonnes, on savait où aller. Toujours sensible aux malheurs des autres, ton écoute, ta présence et tes conseils nous étaient alors précieux. Plus récemment, certains ont même pu profiter du réconfort de tes mains à travers la massothérapie, un autre art que tu as brillamment développé. C’étaient d’autres études qui venaient s’ajouter à une liste déjà longue (communication, immigration et impression textile). Tu étais toujours avide de connaissances et ta grande intelligence ainsi que ta mémoire phénoménale y trouvaient leur compte.

Tu n’as jamais non plus ménagé ton énergie pour entretenir fidèlement tes amitiés nombreuses. Tu as aussi été d’une grande générosité de cœur avec ton fiancé Marc André avec qui tu as partagé tant le bonheur que la douleur. Autant tu étais curieuse de la vie, autant tu l’étais des gens qui t’entouraient.

Tu as été tout ça et plus encore, et ce, malgré les nombreuses tempêtes intérieures que tu as traversées avec courage. Comme certains l’ont dit en apprenant ton départ, ta vie aura été brève, mais combien remplie. Cette vie que tu as vécue si intensément rayonnera sur nous pour toujours. Ton ouverture aux autres, nous la recevons en héritage et nous y ferons honneur en ta mémoire.

Au revoir, Isabelle

Repose en paix, tu l’as bien mérité.

Nous t’aimons.

« Merci à mes nombreux amis d’avoir fait plus que leur part pour m’encourager et d’avoir toujours été fidèles malgré les tempêtes »
- Isabelle.

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La vie trouve toujours son chemin

2004-11-25 à 16 h 00

Le treizième principe du Manifeste du blog d’entreprise (Corporate Weblog Manifesto) nous dit que si votre vie est sens dessus dessous ou si vous être triste, n’écrivez pas (If your life is in turmoil and/or you’re unhappy, don’t write.). Ce n’est pas (toujours) le cas pour le carnet personnel. Mais certains événements coupent les ailes à notre plume.

Des fois, on n’y peut rien. On fait ce qu’on peut. On Don-Quichotte. Il est de ces moulins à vent qui vous prennent à revers. Sans crier gare. Sans vous laisser la place, l’espoir de lutter. Il y a des nuages qui déchirent le ciel et ne laissent plus de bleu.

Il est des fins redoutables.
Sans appel.

Isabelle, ma fiancée, est décédée la semaine dernière.

La définition de la vie, selon certains, tient en deux mots: « elle continue ». Ou, comme disait Stéphane Bourguignon, « la vie trouve son chemin »:

Depuis l’apparition de la vie sur terre, la vie s’est frayé un chemin. Elle s’est développée, elle s’est modifiée afin de « survivre » et de prendre de l’expansion. Je crois que nous, humains, sommes régis par cette même loi. Peu importe ce qui nous arrive, du plus petit traumatisme au plus grand, on finit toujours par s’en sortir d’une façon ou d’une autre. La vie trouve toujours son chemin, comme un ruisseau qu’on essaie de bloquer; l’eau contourne inévitablement l’obstacle pour reprendre son cours. Modifié un peu, moyennement ou beaucoup.

Il faut laisser le temps prendre son temps. Ma plume, effritée, reprendra peu à peu son élan. Plus lourde? Peut-être. Mais nous vivons d’espoir, tant bien que mal, malgré la perte. Et une des dernières choses qu’Isabelle ait dites était de continuer de vivre.