Comme François disait ne pas attendre de réponses à ses questions, je me suis dit que j’y répondrais (question de faire dans la contradiction). J’allais le faire dans les commentaires, mais comme ça menaçait de traîner en longueur, j’ai décidé d’en faire un billet.
L’hérédité y est-elle pour quelque chose?
Je ne crois pas; j’ai plus l’impression qu’il s’agit de quelque chose de culturel. Par exemple, je me souviens avoir lu une lettre au Devoir d’un franco-ontarien qui lui non plus ne voyait aucune différence entre Québécois et Ontariens. Ce pourrait être une conjonction de deux éléments : la culture française d’une part, qui a tendance à ce placer à l’écart des autres cultures, et la situation de minorité d’autre part. C’est une façon de résister à « l’envahisseur » que de se définir en opposition à celui-ci. Mais la situation minoritaire n’explique pas tout, puisque, comme le faisait remarqué mon collègue étudiant, les autochtones (du Québec, du moins) n’ont pas ce réflexe. Ce pourquoi je crois que la culture française y est pour quelque chose.
Peut-on avoir un projet de société sans unité?
Ça dépend comment on définit « unité ». À sa plus simple acception, j’imagine qu’il faut qu’il y a une unité derrière le projet, c’est-à-dire qu’on s’entende, en tant que société, sur ce projet (qui ne peut qu’être général). Par contre, chacun y va de son point de vue, de ses valeurs, de sa motivation. Si je peux me permettre une métaphore, on peut voir la société comme un arbre, ses membres comme des branches : chacun fait son chemin, mais la direction générale (le projet) est la même (vers le haut).
Cela explique-t-il le déchirement au sein du PQ?
Le PQ a vu le jour sous l’égide d’un chef fort et charismatique et a continué sous lui pendant plus de 15 ans. Après le départ de Lévesque, il a périclité un peu, mais comme le Québec se trouvait de facto en situation de bipartisme, le vote se polarisait, aidant le PQ a survivre. Parizeau a également beaucoup fait pour tenir le parti. Bouchard avait la verve et le charisme pour mener le parti, mais étant conservateur, il a beaucoup nuit à l’aspect social-démocrate, entraînant l’aliénation d’une partie de l’électorat (et des membres). Tant qu’il ne semblait pas y avoir de solution de rechange viable, les sociaux-démocrates souverainistes continuaient à appuyer le parti. Aux dernières élections, ce n’était plus le cas (Québec Solidaire et Parti vert) et Boisclair n’avait pas la pogne pour garder ses troupes.
Je ne sais pas si cette identité oppositionnelle peut avoir joué un rôle. Peut-être que plusieurs partisans étaient péquistes par défaut, par opposition aux conservateurs (qu’ils soient du parti libéral ou adéquistes) qui sont identifiés aux valeurs canadiennes.
Sommes-nous gouvernables?
Oui, il s’agit de savoir comment. Comme l’expliquait si bien Niccolò, une fois qu’on connaît ce qui motive la population et comment elle perçoit les choses, il devient beaucoup plus simple de la manipuler.