Foire aux idées
Une collections d’idées, farfelues ou non

 

Archives de 2007

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Encore des filtres

2007-09-10 à 19 h 02

J’ai parlé, l’an dernier, des filtres perceptuels, faisant la distinction entre filtres innés et acquis. Mon billet subséquent sur le crédit et la foi mettait l’accent sur un filtre intellectuel acquis. Mais qu’en est-il des filtres innés, d’où viennent-ils, que sont-ils réellement? Qu’est-ce qui fait que, contrairement à une personne sévèrement autiste, nous reconnaissons ce qui est du langage, et pouvons l’apprendre?

Certains de ces filtres font parti de notre humanité, sont inscrits dans le code génétique de notre espèce, semble-t-il pour des raisons d’avantage évolutif. Comme le fait que, instinctivement, nous reconnaissions un visage pour ce qu’il est : le visage et non une autre partie du corps. Les chiens, les chats, les animaux çà et là ont la même capacité innée.

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Ah, les possessifs!

2007-09-8 à 7 h 54

Ah, les possessifs (je parle grammaire, pas les gens possessifs); s’il y a une classe mal nommée, c’est bien celle-ci. Appeler ma, mon, mes des possessifs est quelque peu réducteur, étant donné qu’il ne s’agit là que d’un aspect parmi d’autres de leur utilisation. Lorsque je parle de « mon frère », je ne veux aucunement dire qu’il m’appartient. Une façon facile d’apercevoir les diverses utilisations de ces déterminants est de jeter un coup d’oeil au syntagme « ma photo ». Pris hors contexte, il m’est impossible de savoir vraiment s’il s’agit d’une photo de moi, de la photo que j’ai dans les mains (par opposition à celle que tient quelqu’un d’autre), de celle que je possède ou encore de celle que j’ai prise.

Qu’avons-nous donc ici : trois mots différents ou un seul avec trois sens (considérant que « celle que je tiens » est similaire à « celle que je possède »)? Lorsque tous les mots d’une série (ma, ton, sa, notre, etc.) se comportent d’une même manière, il y a fort à parier qu’il s’agit là de mots uniques et non d’homonymes. Mais avec combien de sens?

Voyons voir ce que nous avons devant nous :
1.    la photo de moi;
2.    la photo que je (dé)tiens;
3.    la photo que j’ai prise.

Dans le cas (3), je suis le créateur, l’origine de la photo; avec (2), j’en suis le possesseur; et, dans le premier cas, j’en suis le sujet. D’une certaine manière, on peut dire que, dans les cas (1) et (3), la photo vient de moi, que ce soit comme sujet ou origine. Quant à (2), bien que la photo ne vient ni ne va nulle part, elle est à moi, ce qui, ponctuellement, peut être vu comme la même chose. (D’ailleurs, ces trois cas de figure sont représentés, dans des langues flexionnelles comme l’allemand ou le latin, par le même cas : le génitif.) il y a dans ces trois cas la notion d’origine.

Qu’en est-il alors de mon frère? Il ne vient pas de moi (surtout que je suis le dernier de famille); mais il est frère par rapport à moi, en vertu de moi. Même chose pour ma meilleure amie : elle est « meilleure amie » par moi, en vertu de moi.

On pourrait dire que les possessifs représentent quelque chose comme « défini par rapport à X ». On peut dire mon mari sans pour autant impliqué de relation d’appartenance, mais plutôt pour signifier « pas n’importe quel mari, celui qui est défini par rapport à moi ».

D’accord, c’est un peu boiteux; mais c’est ce qui arrive lorsqu’on essaie de mettre en mot un sens. Les sens moins lexicaux sont souvent difficiles à cerner, à verbaliser autrement que par le mot lui-même.

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Certains avantages

2007-08-29 à 12 h 04

Hier, aux nouvelles, on faisait état de l’augmentation du prix du panier de provisions, qui n’allait pas cesser de si tôt. La principale cause évoquée était l’augmentation du prix du blé, pour diverses raisons (dont une faible production due à un été moche). Il en découle que le prix de tous les produits contenant du blé (et on ne parle pas ici que du pain) augmentera, ainsi que celui de ce qui mange du blé (le bœuf, par exemple).

Je dois avouer que, dans ma situation actuelle, je trouve ça un peu comique : ma compagne étant végétarienne et intolérante au gluten, ça ne devait pas changer grand’chose au coût de notre panier. Faut bien que les restrictions alimentaires aient leurs avantages!

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Ce que les baby-boomers ont fait pour nous

2007-08-24 à 12 h 30

L’autre jour, dans une lettre au Devoir à la défense des baby-boomers, M. Jean Chenay (né en 1950) demandais : « qui croyez-vous a payé pour vos études? Qui vous a ouvert les portes des cégeps et des universités? » Ce à quoi je dois répondre : « vos parents ». Il m’est difficile de croire qu’adolescente, sa génération ait pu être responsable de la création des cégeps et de la démocratisation des universités, découlant du Rapport parent (1963-64). D’ailleurs, M. Chenay se trouve à l’âge de la première mouture de cégépiens.

« Avant notre génération, il y avait Duplessis avec ses restrictions et interdictions (…) Ces barrières, nous les avons brisées. » Ces barrières ont en fait été brisées par les acteurs de la Révolution tranquille, la génération précédant celle des baby-boomers. Cette génération dont les enfants sont ce qu’il convient d’appeler la Génération X.

« Que vous ayez à débourser quelques sous pour nous aider à vieillir convenablement n’est que juste retour des choses. C’est ce que l’on appelle vivre en société. » Je dois faire remarquer que, la RRQ ayant été créée en 1965, les boomers sont encore ici redevables à la génération qu’il l’a précédée. Et que ces quelques sous sont et seront beaucoup plus nombreux que ceux que M. Chenay a pu déboursé.

Je n’ai pu m’empêcher, en voyant cette lettre, d’avoir l’impression de lire « J’ai profiter des toutes les avancées sociales du Québec, il est normale que je m’attende que vous payez pour. »

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Fish tacos

2007-07-31 à 19 h 51

« Fish tacos » (tacos au poisson), voilà une expression qu’on n’entend pas trop souvent dans ces nordiques contrées. Encore une invention californienne. J’en ai entendu parlé pour la première fois par ma copine, dont le frère habite San Diego. Évidemment, là-bas, le poisson est frais pêché, et on sait d’où il vient. C’est un bon endroit pour concocter ce genre de cuisine fusion (semblerait que les Mexicains n’ont jamais entendu parlé de ce truc — ou alors il lui donne un tout autre nom).

Il s’agit d’un met qui, bien que relativement simple à préparer, demande une attention particulière. En effet, une bonne partie du succès de cette recette tient à la fraîcheur de deux ingrédients : le poisson, bien sûr, mais également les tortillas. Il ne sert à rien d’essayer avec des tortillas de supermarché; ça ne marchera pas. Il faut y aller avec des tortillas fraîches du jour, directement de la cuisine d’une boulangerie ou d’un restaurant mexicain. (Pour ceux qui seraient intéressés, je prends les miennes au Popocatépetl, sur Bélanger, entre de La Roche et de Normanville.)

Pour le poisson, je prends de la sole, mais j’imagine que d’autres poissons blancs feraient l’affaire.

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Mélodie langagière

2007-07-16 à 16 h 29

D’un point de vue purement phonétique, bien parler une langue, ce n’est pas tant une question de savoir comment prononcer les lettres selon le contexte, mais surtout de bien saisir, et reproduire, la mélodie de la langue; son rythme, ses accents, sa prosodie, quoi. C’est drôle parce que les livres d’enseignement des langues, bien qu’on y indique où placer l’accent, ont tendance à se concentrer plus sur la prononciation des lettres.

Je me souviens avoir entendu des étudiantes pratiquer l’allemand. Une d’elles savait exactement comment chaque lettre et combinaison se prononçait dans quel contexte (par exemple, le fameux ch qui varie selon la voyelle précédente – à part en Schweizerdeutsch, mais ça, c’est une autre histoire). Pourtant, ça sonnait mal. Une autre se trompait systématiquement dans la prononciation, mais avait la bonne mélodie. Et ça sonnait comme de l’allemand et était plus facile à piger.

C’est un concept qui peut s’avérer difficile à saisir pour un Québécois francophone. En effet, le français (à côté de langue comme l’espagnol, l’allemand, le chinois, le hongrois ou même l’anglais) n’a pas une prosodie très riche; la mélodie est relativement monotone, en particulier ici au Québec (surtout dans les grands centres, en région la mélodie est un peu plus accentuée, plus riche). On n’a qu’à écouter un Québécois parler anglais pour s’apercevoir de cet aspect monocorde.

Ma copine a une très bonne oreille pour les langues; elle peut réciter, au son, une comptine bulgare qu’elle vient d’entendre, comme si elle parlait la langue. (Cela vient peut-être du fait que ses parents ont tous deux un
fort accent; imaginez Bela Lugosi et Nico.) Mais elle a toute la misère du monde à débrouiller le français local : elle n’a pas les repères prosodiques que les autres langues lui offrent. Les variétés européennes du français lui posent par contre moins de problèmes.

Pourquoi cette faible mélodie au Québec? Je m’aventurerais à dire que c’est le résultat d’un processus d’homogénéisation enclenché par la venue de colons de diverses régions de la France. Déjà lors de la traversée, il a fallu homogénéiser un tant soit peu le vocabulaire. La même chose s’est peut-être produite avec les accents : se neutralisant pour rendre la diversité pour compréhensible. Cela expliquerait également pourquoi le phénomène est plus flagrant dans les grands centres, où l’afflux de population externe est plus grand.

Bien sûr, Québec et Montréal ne prononcent pas les lettres de la même manière; mais la prosodie est tout aussi monocorde d’un côté que de l’autre.

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De l’insulte

2007-07-6 à 21 h 58

Vous êtes-vous déjà demandé qui décide de ce qui constitue une insulte? Pour ne rester que sur le plan verbal, est-ce celui qui profère l’insulte, ou celui qui la reçoit?
Prenons deux exemples :

  1. On vous traite de « weirdo », appellation dont vous êtes fier; est-ce que, par seule vertu de l’intention de l’insulteur, cela devient une insulte?
  2. Vous voyez un manque de respect dans cette manie qu’ont les jeunes (et moins jeunes) de ne plus vouvoyer; un jeune homme que vous ne connaissez pas vous tutoie : cela vous est insultant, mais est-ce une insulte?

Dans le second cas, on pourrait dire que non, et qu’on peut y remédier facilement en informant l’interlocuteur de notre préférence (il s’agit plus d’une question d’ignorance). Dans le premier, par contre, on peut se sentir insulté par l’intention, peu importe le terme. Mais si on ne l’est pas, l’insulte peut se retourner contre l’insulteur, si on choisit de la prendre comme un compliment, ce qui devient insultant.

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De la voix à l’image

2007-07-2 à 19 h 41

Jeudi prochain (le 5 juillet) à 10 h 30, le laboratoire de Recherche appliquée en linguistique informatique (RALI) nous offre ce qui promet d’être une intéressante présentation d’Elliott Macklovitch et Fabrizio Gotti :

Nous présenterons IdeoVoice II, un projet de collaboration entre la société Oralys et le RALI visant le développement d’un outil d’aide à la communication destiné aux personnes éprouvant certains handicaps (autisme, problèmes d’audition). Nous exposerons le moteur de traduction que nous avons développé, qui convertit les phrases françaises d’un interlocuteur en une suite de pictogrammes compréhensibles par une personne handicapée. Nous ferons une démonstration de ce moteur et mettrons l’accent sur les défis de représentation graphique de certaines constructions grammaticales françaises.

Oralys a déjà mis sur le marché IdeoVoice (I), une application qui « propose un ensemble de phrases préenregistrées, regroupées par contexte et symbolisées par des pictogrammes ». Je n’avais jamais entendu parlé de cette application et je ne sais pas quel en est le succès, mais j’imagine qu’elle pourrait grandement aider quelqu’un frappé d’aphasie, ou une personne muette. Une application issue de ce nouveau projet, bien utilisée, pourrait être d’un grand secours dans l’éducation d’enfants autistes qui ont de la difficulté à saisir la langue.

Ça promet.