
Ah, les possessifs!
2007-09-8 à 7 h 54Ah, les possessifs (je parle grammaire, pas les gens possessifs); s’il y a une classe mal nommée, c’est bien celle-ci. Appeler ma, mon, mes des possessifs est quelque peu réducteur, étant donné qu’il ne s’agit là que d’un aspect parmi d’autres de leur utilisation. Lorsque je parle de « mon frère », je ne veux aucunement dire qu’il m’appartient. Une façon facile d’apercevoir les diverses utilisations de ces déterminants est de jeter un coup d’oeil au syntagme « ma photo ». Pris hors contexte, il m’est impossible de savoir vraiment s’il s’agit d’une photo de moi, de la photo que j’ai dans les mains (par opposition à celle que tient quelqu’un d’autre), de celle que je possède ou encore de celle que j’ai prise.
Qu’avons-nous donc ici : trois mots différents ou un seul avec trois sens (considérant que « celle que je tiens » est similaire à « celle que je possède »)? Lorsque tous les mots d’une série (ma, ton, sa, notre, etc.) se comportent d’une même manière, il y a fort à parier qu’il s’agit là de mots uniques et non d’homonymes. Mais avec combien de sens?
Voyons voir ce que nous avons devant nous :
1. la photo de moi;
2. la photo que je (dé)tiens;
3. la photo que j’ai prise.
Dans le cas (3), je suis le créateur, l’origine de la photo; avec (2), j’en suis le possesseur; et, dans le premier cas, j’en suis le sujet. D’une certaine manière, on peut dire que, dans les cas (1) et (3), la photo vient de moi, que ce soit comme sujet ou origine. Quant à (2), bien que la photo ne vient ni ne va nulle part, elle est à moi, ce qui, ponctuellement, peut être vu comme la même chose. (D’ailleurs, ces trois cas de figure sont représentés, dans des langues flexionnelles comme l’allemand ou le latin, par le même cas : le génitif.) il y a dans ces trois cas la notion d’origine.
Qu’en est-il alors de mon frère? Il ne vient pas de moi (surtout que je suis le dernier de famille); mais il est frère par rapport à moi, en vertu de moi. Même chose pour ma meilleure amie : elle est « meilleure amie » par moi, en vertu de moi.
On pourrait dire que les possessifs représentent quelque chose comme « défini par rapport à X ». On peut dire mon mari sans pour autant impliqué de relation d’appartenance, mais plutôt pour signifier « pas n’importe quel mari, celui qui est défini par rapport à moi ».
D’accord, c’est un peu boiteux; mais c’est ce qui arrive lorsqu’on essaie de mettre en mot un sens. Les sens moins lexicaux sont souvent difficiles à cerner, à verbaliser autrement que par le mot lui-même.


Intéressant. On devrait peut-être parler des “relationnels” plutôt que des “possessifs”, en ce sens qu’ils représentent une relation non-qualifiée entre deux ou plusieurs choses. Dans l’exemple de “Ma photo”, il y a 3 qualifications possibles de la relation qui me lie à la photo.
Et que dire des “Dans mon livre à moi” et de l’hydro-électricité qui est selon Jean Charest “notre pétrole à nous”.
C’était Ma reflexion et merci de m’avoir permis de l’avoir. Dès lors, est-elle vraiment mienne?