
Mélodie langagière
2007-07-16 à 4 h 29D’un point de vue purement phonétique, bien parler une langue, ce n’est pas tant une question de savoir comment prononcer les lettres selon le contexte, mais surtout de bien saisir, et reproduire, la mélodie de la langue; son rythme, ses accents, sa prosodie, quoi. C’est drôle parce que les livres d’enseignement des langues, bien qu’on y indique où placer l’accent, ont tendance à se concentrer plus sur la prononciation des lettres.
Je me souviens avoir entendu des étudiantes pratiquer l’allemand. Une d’elles savait exactement comment chaque lettre et combinaison se prononçait dans quel contexte (par exemple, le fameux ch qui varie selon la voyelle précédente – à part en Schweizerdeutsch, mais ça, c’est une autre histoire). Pourtant, ça sonnait mal. Une autre se trompait systématiquement dans la prononciation, mais avait la bonne mélodie. Et ça sonnait comme de l’allemand et était plus facile à piger.
C’est un concept qui peut s’avérer difficile à saisir pour un Québécois francophone. En effet, le français (à côté de langue comme l’espagnol, l’allemand, le chinois, le hongrois ou même l’anglais) n’a pas une prosodie très riche; la mélodie est relativement monotone, en particulier ici au Québec (surtout dans les grands centres, en région la mélodie est un peu plus accentuée, plus riche). On n’a qu’à écouter un Québécois parler anglais pour s’apercevoir de cet aspect monocorde.
Ma copine a une très bonne oreille pour les langues; elle peut réciter, au son, une comptine bulgare qu’elle vient d’entendre, comme si elle parlait la langue. (Cela vient peut-être du fait que ses parents ont tous deux un
fort accent; imaginez Bela Lugosi et Nico.) Mais elle a toute la misère du monde à débrouiller le français local : elle n’a pas les repères prosodiques que les autres langues lui offrent. Les variétés européennes du français lui posent par contre moins de problèmes.
Pourquoi cette faible mélodie au Québec? Je m’aventurerais à dire que c’est le résultat d’un processus d’homogénéisation enclenché par la venue de colons de diverses régions de la France. Déjà lors de la traversée, il a fallu homogénéiser un tant soit peu le vocabulaire. La même chose s’est peut-être produite avec les accents : se neutralisant pour rendre la diversité pour compréhensible. Cela expliquerait également pourquoi le phénomène est plus flagrant dans les grands centres, où l’afflux de population externe est plus grand.
Bien sûr, Québec et Montréal ne prononcent pas les lettres de la même manière; mais la prosodie est tout aussi monocorde d’un côté que de l’autre.


Pourquoi “ou même l’anglais” ?
Parce que certaines personnes (ici) ont tendance à ne pas voir que l’anglais est plus mélodique; d’où le “ou même”