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Distinctement

2007-05-16 à 12 h 04 English

Il y a quelques années (en fait, quelques lustres), un collègue étudiant, qui se penchait sur les langues autochtones québécoises, faisait remarquer que nous autres les Québécois avons tendance à nous définir de façon négative. Pas dans le sens que nous avions une image négative de nous-mêmes, mais que notre identité tend à se composer de pas : nous ne sommes pas des anglos, pas des Américains, pas des Canadiens, pas des Français, pas des autochtones. (Cela explique peut-être l’utilisation de « nous autres ».) Bien que je crois que nous ayons tout de même une identité « positive », il semble y avoir une certaine vérité dans cette affirmation.

Une de mes collègues de travail est arrivée récemment de Kitchener (Ontario); elle a beaucoup de difficulté à voir que les Québécois sont différents des Ontariens. Pour elle, nous sommes tous pareils : nous cherchons à être heureux, avoir une famille, une bonne job, etc. Elle était très surprise lorsque je lui ai raconté qu’Isabelle avait un eu plus gros choc culturel lors de son séjour en Saskatchewan, que lorsqu’elle est partie vivre au Cameroun. Elle est également surprise que plusieurs personnes ici puissent distinguer un anglophone (surtout ontarien) d’un francophone avant même qu’il ouvre la bouche. La compagnie pour laquelle je travaille appartient à une compagnie ontarienne; nous devons souvent leur expliquer que ce qui fonctionne là-bas (en particulier lorsqu’il est question de marketing) ne fonctionne pas nécessairement ici, comme n’importe quelle agence de publicité faisant affaire à la grandeur du pays vous le dira.

C’est alors que je m’en suis rendu compte : tout cela à rapport avec la façon dont nous construisons notre identité. Je pourrais me tromper, mais j’ai la nette impression que les Ontariens (et peut-être les autres Canadiens) ont tendance à voir les similarités d’abord et avant tout (du moins, pour ce qui est du Canada). Nous, par contre, avons tendance à focusser sur les différences; les similarités ne sont pas importantes : dans notre esprit, c’est ce qui nous différencie qui compte (du moins, ici encore, entre francophones et anglophones).

4 commentaires à “Distinctement”

  1. Je partage ton point de vue sur ces distinctions entre les deux cultures, quoique bien générales. Tu observes, sans porter de jugement, c’est bien. Tout de même, les questions se bousculent :

    - L’hérédité y est-elle pour quelque chose?
    - Peut-on avoir un projet de société sans unité?
    - Cela explique-t-il le déchirement au sein du PQ?
    - Sommes-nous gouvernables?
    - etc.

    Je n’attends pas de réponse, mais les questions me chicotent quand même.


  2. J’allais répondre dans les commentaires, mais comme ça menaçait de traîner en longueur, j’ai décidé d’en faire un billet.


  3. En ce qui concerne la différence de perception entre le Québec et le reste du Canada, n’y a-t-il pas aussi un aspect idéologique et/ou une volonté de voir le monde d’une certaine façon? Même parmi les fédéralistes convaincus, presque tous les Québécois francophones font preuve d’au moins un brin de nationalisme québécois –rares sont les trudeauistes purs et durs. J’ai l’impression que les Québécois se définissent “par opposition” parce qu’ils “veulent” se percevoir comme différents, alors que les non-Québécois, surtout lorsque forcés à comparer leur identité avec celle du “Mouton Noir”, veulent minimiser (voire même ignorer) toute différence…


  4. Oui, il y a une volonté de se percevoir comme différents. Prenez l’épisode du Lac Meech: au début, les souverainistes, le PQ en tête, était contre. Jusqu’à ce que les « autres » (Elijah Harper et l’assemblée provinciale de Terre-Neuve) ne s’y opposent…


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