Idées à peine fricotées au sujet de la démocratie et du filtrage…
Deux billets lus cette semaine ( Le problème du filtrage de l’information sur Internet et The Great Failure of Wikipedia) ont alimenté certaines réflexions sur la démocratie et l’information. J’ai déjà parlé de l’amnésie généralisée vis-à-vis des volontés exprimées et de la vision politique de Charest. À la veille des élections, le public tire son information principalement des médias qui, outre tout scandale qui pourrait surgir, régurgitent les discours des politiciens. Peu de gens font l’effort de se renseigner plus à fond, voire de se souvenir. Et, de toute façon, on se base rarement sur la réflexion pour faire un choix, mais plutôt sur les intérêts immédiats.
Le rapport avec le filtrage collaboratif et Wikipedia? Mince; il tient d’un autre phénomène de la démocratie : le nivellement (par le milieu). Je n’ai pas (encore) collaboré à Wikipedia, mais je n’ai pas de difficulté à croire X lorsqu’il parle de l’information éliminée (entre autres, par désir de « neutralité »). Ce qui sort du paradigme (selon définition de Kuhn) aura de la difficulté à survivre. Vous me direz que ce n’est là le but de Wikipedia. Certes, mais dans ce cas, le paradigme est établi par M. Tout-le-Monde et celui qui a étudié la question plus à fond (dans une structure officielle ou non) aura beaucoup plus de difficulté à défendre sa position devant un jury de non-pairs, et ce, à répétition.
(On peut d’ailleurs en faire l’expérience dans la vie quotidienne. Je me souviens d’avoir à quelques reprises eu à défendre des faits linguistiques que mon interlocuteur refusait, convaincu qu’il avait raison – parce que « c’est évident » [d’un autre côté, c’est « évident » que le Soleil tourne autour de la Terre], ou que tout le monde le dit. Je dois avouer que 1) j’ai la malencontreuse habitude d’énoncer des conclusions pour ensuite présenter les faits ou l’argumentation et 2) je n’aime vraiment pas m’appuyer sur un diplôme pour défendre mon point, alors l’interlocuteur ne sait pas toujours que je m’y connais un peu plus.)
Il doit donc y avoir certains mécanismes pour minimiser l’impact de ce phénomène. Dans le cas du filtrage collaboratif, cela peut facilement procéder de la nature de la communauté elle-même : en font partie ceux qui apportent une expertise ou un point de vue réfléchi. Il y a également la transparence du processus (comme dans les historiques de modifications des pages de Wikipedia), qui aide à réduire la « dictature de la majorité ».
L’idée du filtrage collaboratif n’est nullement à condamner; mais il faut y voir les limitations et trouver des mécanismes pour y pallier. Le filtrage collaboratif n’est pas parfait, le peer review non plus (un récent billet sur Language Log présente d’ailleurs un article scientifique, ayant passé par ce système de filtrage, mais où les conclusions ne sont pas vraiment soutenues par les données). Aussi bien trouver les moyens d’améliorer la qualité du processus alors qu’il est à ses premiers pas.
Quant au système électoral, le mécanisme palliatif est simple, si impensable : puisque la nature de la démocratie est la participation éclairée de tous les citoyens, il s’agit de s’assurer que ceux-ci savent pour quoi ils votent. Par plus d’information, oui, bien sûr, et l’avènement des blogues contribue à ce processus. Mais aussi par vérification (contrôle de la qualité, dirait les buzzwordeux) : il s’agit de poser une ou deux questions simples à l’entrée des bureaux de vote. Du genre « Qu’est-ce que l’UFP? » ou « Que faisait Charest avant d’être chef du PLQ? ».