Foire aux idées
Une collections d’idées, farfelues ou non

 

Archives de 04/2005

h1

Du chinois

2005-04-29 à 9 h 49

J’ai découvert, via Language Log, un intéressant site sur la langue chinoise (en fait, je devrais dire, les langues), qui essaie, entre autres, de dissiper certaines ideés fausses. Par exemple, que les caractères chinois sont des idéogrammes (au sens strict).

Parmis ces idées répandues, il y a que crise=danger+occasion (ou opportunité)
Non, ce n’est pas le cas, contrairement à ce qu’à pu prétendre Lisa dans un épisode des Simpson [en fait, si je ne m’abuse, elle disait que les Chinoix ont le même mot pour dire « crise » et « occasion »]. À lire le billet de Mark Lieberman sur la question.

h1

De la révision en publicité

2005-04-28 à 14 h 44

Language Log nous offre une série de billet concernant certaines erreurs s’étant glissées dans des publicité du New Yorker. Le premier concerne une phrase où il semble manquer un mot, et offre un scénario pouvant expliquer l’affaire. Le deuxième, qui nous touche plus particulièrement, francophones que nous sommes, traite d’un certain voilá [sic]. Ed Keer, linguiste ayant l’expérience de la révision en contexte de publicité, nous offre un très plausible scénario pour ce cas :

Having now been on the inside of an agency, I can tell you how this went down. The copywriter most likely made a mistake and wrote voilá in the manuscript. Then the sharp-eyed editor noticed the problem and changed it to voilà. All was fine until it went to the client for review. The client remembered back to her highschool French and changed it back to voilá. The editor at the agency flew into a rage. The account person asked if the client is right. The editor composed a heated email explaining the problem, complete with scanned dictionary and style book pages. The account person gently tried to explain the problem to the client. By this time the client had found a few colleagues to back her up. The writer, exhausted from coming up with 50 different concepts to sell cheap wine, ignored the whole thing. At some point after that, the account person uttered the phrase, “We’re not going to die on our sword for this.” And so it went to print.

Via Language Log

h1

oune

2005-04-26 à 11 h 55

Les Amoureux du français, blogue de La Presse, nous offrais dimanche dernier un billet sur les mots en « oune » :

Le saviez-vous ? Dans toute la francophonie, il n’y a qu’au Québec que l’on trouve autant de mots se terminant en « oune ». Non qu’ils soient bien nombreux : sauf erreur, on en compte une petite vingtaine tout au plus. Mais ils sont si familiers (dans tous les sens du terme!) qu’on a peine à croire qu’ils sont inconnus ailleurs.

Via Language Hat

h1

Semaine sans TV

2005-04-25 à 15 h 59

C’est la semaine sans TV!

Semaine sans TV

TV Turnoff Week is no ordinary social ritual. The goal is simple: to shake up routines and get people questioning the role of TV in their lives.
Sure, it’s a statement against dead-end couch culture. But it’s also about cleaning up the mental environment. Like our oceans and air, our shared mindscape is littered with pollutants — distorted news, manipulative ads, violence and top-down culture.

Adbusters

Le Devoir : Pour en finir avec la télécommande… une semaine peut-être?

CBC : Anti-TV activists to turn-off TVs worldwide

h1

Bière et langage

2005-04-25 à 9 h 21

Selon une analyse de tendances de BlogPulse, l’apparition de mot « language » dans les blogues est inversement proportionelle à celle de « beer ».

Graphique de corrélation

Selon Liberman :

…there’s no mystery: more people blog about “language OR languages” during the week, and fewer on weekends, whereas “beer” is the opposite. The sad thing is that on any given day, only about 1 blog in 60 mentions either language or beer.

Via Language Log

h1

Des risques des courriels

2005-04-25 à 9 h 18

Une étude révèlerait qu’une surdose d’information électronique fait chuter le quotient intellectuel de 10 points en moyenne, soit plus du double de la diminution causée par la consommation de cannabis.

Mark Liberman “soulève quelques questions intéressantes au sujet de cette nouvelle, entre autres, il se demande comment l’étude a été faite? Souvent, les journalistes ne font que reprendre des communiqués qu’ils reçoivent, surtout lorsque ceux-ci sont « punchés ».

Via Guitef et Language Log

h1

Des mots inexistants aux langues inexistantes

2005-04-22 à 10 h 51

Il y a une dizaine années, nous avions eu droit à un film (par ailleurs, un peu trop américano-militariste, mais c’est comme ça que le réalisateur les aime) mettant en vedette un linguiste. Un vrai linguiste avait d’ailleurs participé au film, extrapolant une langue basée sur l’égyptien ancien, l’intégrant aux dialogues, et coachant les acteurs. Ce n’était pas la première fois; Star Trek avait demandé la création du Klingon (d’ailleurs parlé maintenant par plusieurs (on peut même faire des recherches sur Google dans cette langue). Il y avait également eu La Guerre du feu, pour lequel film Anthony Burguess avait créé un langage primitif.

Pour les besoins du film The Interpreter (dans lequel Nicole Kidman joue le rôle, vous l’aurez deviné, d’une interprète), on a créé un pays africain, avec son histoire (récente), sa culture et sa langue officielle. (Je précise « officielle » car dans la plupart des pays subsahariens sont le théâtre de foisonnement de langues. Par exemple, le Cameroun, avec seulement le double de la population du Québec, le Cameroun compte à lui seul près de 300 langues.) Les responsables de cette entreprise en parlent sur leur site Web.

Par ailleurs, Mark Lieberman faisait remarquer que l’information de production que l’on trouve sur allmovieportal.com donne le nom de centaines de personnes ayant participé au film, mais omet ceux du linguiste ayant créé la langue (Said el-Gheithy) ni du centre où les acteurs ont reçu leur formation
(The Centre for African Language Learning). imdb non plus ne liste pas cette contribution, bien qu’ils sont assez exhaustif dans l’énumération des équipes. Il y a de quoi trouver que la profession n’a pas la place qu’elle devrait avoir. Mais, d’un autre côté, c’est pas comme si nous étions des « media hags ».

h1

Suis-je indiscret?

2005-04-22 à 10 h 40

Il y a quelques années, un de mes professeurs me demandait le sujet de mes recherches doctorales. Lorsque je lui dis que je travaillais en linguistique historique, il s’exclama « La linguistique historique n’est pas une science. » (esprit d’escalier, j’aurais dû lui répondre, non, c’est un art). Comme il n’y voyait pas de possibilité de formalisation stricte, ça n’entrait pas dans sa définition de science. Pour moi, la science doit toujours profiter de l’art, de la poésie. Ces visions trouvent écho dans une discussion de notre appréhension de la réalité qu’offre Suzuki dans son livre (dont j’ai parlé précédemment) :

Definition identifies, specifies and limits and thing, describes what it is and what it is not: it is the tool of our great classifying brain. Poetry, in contrast, is the tool of synthesis, of narrative. It struggles with boundaries in an effort to mean more, include more, to find the universal in the particular. It is the dance of words, creating more-than-meaning, reattaching the name, the thing, to everything around it.

Notre propension à la classification, notre réflexe de considérer le monde comme une somme d’unité discrète serait, semble-t-il, un effet de notre culture, et non quelque chose de naturel chez l’humain. C’est un héritage culturel si vieux qu’il nous est difficile de le considérer comme une vision des choses et non un fait. Cet héritage est ce qui nous a permis d’échafauder la méthode scientifique et la construction de l’occident. Il est si présent qu’il est à la source de notre identité personnelle, de notre vision de nous-mêmes comme étant distinct de notre environnement.

Neil Evernden (The Natural Alien) nous donne l’exemple d’un arbre :

A tree, we might say, is not so much a thing as a rhythm of exchange, or perhaps a centre of organizational forces. … The object to which we attach significance is the configuration of forces necessary to being a tree … rigid attention to boundaries can obscure the act of being itself.

Vincent-Olivier Arsenault, l’an dernier, argumentait que « Discretization is the fundamental mechanism behind any form of cognition »
(voir aussi la réponse de Martin) Dans le schème occidental, il a peut-être raison. Nous utilisons notre faculté de différentiation, de classification à toutes les sauces, dans plusieurs de nos activités quotidiennes. Mais si on s’extrait de cet environnement, on voit vite que cette façon d’appréhender le monde n’est pas plus fondamentale que d’autres, qui présentent le monde comme un continuum.

D’ailleurs, si on creuse un peu, on voit que même le langage ne répond pas à cette généralisation (d’ailleurs, j’aurais plus tendance à dire que la généralisation et sa contre-partie, la particularisation, sont les mécanismes fondamentaux) :

Problem is, language (which, it can be argued, is a form of cognition) is not discreet. The boundaries between word-meanings is anything but clear. It is as fuzzy as it gets. Sure, there is a part of discretization is the fact that reality is modelized, somewhat chopped up into bits we call words (or morphemes), but therein lies the beauty of language: these little bits are not really discreet. They are like a drop in a bucket (of the same liquid): can you say where the drop ends? (Commentaire d’Emma B. sur le billet)

Même la physique nous offre une vision quelquefois indiscrète, par exemple, dans la nature de la lumière, qui est onde et particule, unité et flot. Personnellement, j’ai toujours eu besoin d’une certaine poésie dans mon appréhension de la réalité, d’une conscience de l’existence d’un continuum. D’autant plus aujourd’hui.

Ce qui m’anène au titre de ce billet. En lisant Suzuki, je me suis posé la question de ma propre définition. Me limitais-je à mon corps et/ou à mon esprit? Je pense à une de mes amies qui est une muse. Elle inspire la poésie, naturellement, juste en étant ce qu’elle est. Sans qu’elle le sache (consciemment), elle s’étend au-delà de son corps et de son esprit et existe dans les poëmes de plusieurs. Quelqu’un qui ne la connaît pas ne la verra pas nécessairement dans ces poëmes, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’y participe pas.

(Bon, voilà que je verse de le spiritisme…)