Foire aux idées
Une collections d’idées, farfelues ou non

 

Archives de 11/2004

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Vieillir

2004-11-25 à 20 h 41

Quelques jours avant sa mort, Isabelle était tombée sur une histoire que j’étais en train d’écrire. Elle était heureuse de voir que j’avais recommencé à écrire. L’histoire se voulait un conte d’halloween (mais n’a pas été fini en temps). En voici le début, étrangement pertinent:

Les deux jeunes femmes parlaient à la table du café, tandis que le fils de l’une d’elles, un petit garçonais de 2 ans, s’amusait dans l’aire de jeu.
« Depuis que j’ai eu le petit, j’ai l’impression d’avoir vieilli de 10 ans. »
« Avoir un petit, ça ne te vieilli pas — ça fatigue, ça stresse, mais ça ne te vieilli pas. Non, la vien ne fait pas vieillir. C’est la mort qui le fait. Les petites et moins petites morts qu’on vit, les plus grandes qu’on côtoie. Ça, ça vieilli son humain. » répondi, moins sotto voce qu’il n’eu fallu, l’ami Martin, assi à une table voisine.

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In memoriam Isabelle Vadnais

2004-11-25 à 20 h 37

Voici le texte rédigé pour les obsèques de ma fiancée, Isabelle Vadnais, par sa soeur :

Isabelle,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour te rendre hommage, pour commémorer ta vie en ce monde, monde qui ne serait pas le même pour nous si nous n’avions pas partagé des moments de ton existence.

Isabelle, tu as d’abord été le bébé chéri de Pierrette et Réal Vadnais, la petite Babie de ta grande sœur Josée, tu as été la petite-fille, la cousine et la nièce de ta famille élargie. Très tôt tu as rempli la maison familiale de chansons, dont ton célèbre « guan caramel ».

Puis tu as grandi, d’autres ont eu la chance de te découvrir et sont devenus tes amis très chers. Adolescente, tu as continué à remplir la maison de musique, que ce soit à la flûte, au piano ou à la clarinette. Nous étions fiers d’aller t’entendre jouer avec le band de l’école et plus tard d’aller t’entendre chanter le requiem de Mozart.

Très jeune adulte tu t’es ouverte sur le monde et les autres cultures, un grand intérêt pour toi que tu as bien su nous faire partager. Grâce à toi, on s’ouvrait au monde nous aussi. À cette époque, malgré la tempête intérieure que tu venais de traverser, tu décides de partir pour la Bolivie pour apporter ton aide dans un orphelinat. Tu nous as alors impressionnés par ton courage et ta détermination. Tu répétas l’expérience quelques années plus tard, cette fois au Cameroun. Ensuite, tu es fidèlement demeurée impliqué au sein de Carrefour canadien international, car les échanges culturels te tenaient à cœur. Tu étais amoureuse de la culture africaine en général et pendant des années la danse africaine a été une de tes passions. Passionnée, tu l’étais aussi de musique du monde dont tu nous as si bien rempli les oreilles et le cœur.

Tu nous as aussi ébloui les yeux de toutes tes créations artistiques, que ce soit l’impression textile, la photo ou tes chers petits œufs teints. Une visite chez toi n’était jamais ennuyante : musique, décors, costumes, mets exotiques, fous rires, danse africaine et sud-américaine, conversations interminables sur les causes sociales ou le sens de la vie. Ta curiosité débordante était pour nous contagieuse et le demeurera. Au fil du temps, tu es d’ailleurs devenue une référence pour à peu près tout ce qui concerne les cultures étrangères. On ne s’ennuyait pas avec toi! Tu as fait vibrer nos sens. Et quand nos vibrations étaient moins bonnes, on savait où aller. Toujours sensible aux malheurs des autres, ton écoute, ta présence et tes conseils nous étaient alors précieux. Plus récemment, certains ont même pu profiter du réconfort de tes mains à travers la massothérapie, un autre art que tu as brillamment développé. C’étaient d’autres études qui venaient s’ajouter à une liste déjà longue (communication, immigration et impression textile). Tu étais toujours avide de connaissances et ta grande intelligence ainsi que ta mémoire phénoménale y trouvaient leur compte.

Tu n’as jamais non plus ménagé ton énergie pour entretenir fidèlement tes amitiés nombreuses. Tu as aussi été d’une grande générosité de cœur avec ton fiancé Marc André avec qui tu as partagé tant le bonheur que la douleur. Autant tu étais curieuse de la vie, autant tu l’étais des gens qui t’entouraient.

Tu as été tout ça et plus encore, et ce, malgré les nombreuses tempêtes intérieures que tu as traversées avec courage. Comme certains l’ont dit en apprenant ton départ, ta vie aura été brève, mais combien remplie. Cette vie que tu as vécue si intensément rayonnera sur nous pour toujours. Ton ouverture aux autres, nous la recevons en héritage et nous y ferons honneur en ta mémoire.

Au revoir, Isabelle

Repose en paix, tu l’as bien mérité.

Nous t’aimons.

« Merci à mes nombreux amis d’avoir fait plus que leur part pour m’encourager et d’avoir toujours été fidèles malgré les tempêtes »
- Isabelle.

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La vie trouve toujours son chemin

2004-11-25 à 16 h 00

Le treizième principe du Manifeste du blog d’entreprise (Corporate Weblog Manifesto) nous dit que si votre vie est sens dessus dessous ou si vous être triste, n’écrivez pas (If your life is in turmoil and/or you’re unhappy, don’t write.). Ce n’est pas (toujours) le cas pour le carnet personnel. Mais certains événements coupent les ailes à notre plume.

Des fois, on n’y peut rien. On fait ce qu’on peut. On Don-Quichotte. Il est de ces moulins à vent qui vous prennent à revers. Sans crier gare. Sans vous laisser la place, l’espoir de lutter. Il y a des nuages qui déchirent le ciel et ne laissent plus de bleu.

Il est des fins redoutables.
Sans appel.

Isabelle, ma fiancée, est décédée la semaine dernière.

La définition de la vie, selon certains, tient en deux mots: « elle continue ». Ou, comme disait Stéphane Bourguignon, « la vie trouve son chemin »:

Depuis l’apparition de la vie sur terre, la vie s’est frayé un chemin. Elle s’est développée, elle s’est modifiée afin de « survivre » et de prendre de l’expansion. Je crois que nous, humains, sommes régis par cette même loi. Peu importe ce qui nous arrive, du plus petit traumatisme au plus grand, on finit toujours par s’en sortir d’une façon ou d’une autre. La vie trouve toujours son chemin, comme un ruisseau qu’on essaie de bloquer; l’eau contourne inévitablement l’obstacle pour reprendre son cours. Modifié un peu, moyennement ou beaucoup.

Il faut laisser le temps prendre son temps. Ma plume, effritée, reprendra peu à peu son élan. Plus lourde? Peut-être. Mais nous vivons d’espoir, tant bien que mal, malgré la perte. Et une des dernières choses qu’Isabelle ait dites était de continuer de vivre.

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Blogbert

2004-11-12 à 21 h 24

Dear Dogbert,

Lots of people write blogs, but I’ve never heard of anyone who actually
reads them. What’s up with that?

Kurt

Dear Skirt,

Blogs exist to fill the important market niche of writing that is so dull
that your eyes will burrow out of the back of your head to escape. People
do read blogs, usually by accident, sometimes on a dare, but those readers
are later mistaken for Mafia victims with what appears to be two holes in
the back of their heads. On closer inspection, you might find their
eyeballs clinging to the drapes directly behind them. Unless the cat gets
them first.

Sincerely,
Dogbert

Tiré du DNRC
Newsletter
de Dilbert, dont je
vous conseil le
Mission
Statement Generator
et, particulièrement le Performance
Review Generator
, un summum de ce que les anglos appellent le
double-entendre.

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Apologie de la communication mobile

2004-11-11 à 12 h 31

“Certaines personnes s’élèvent contre les téléphones portatifs. Je voudrais ici défendre la communication mobile et dire pourquoi je ne retournerais pas en arrière, dans l’ancien temps.” La suite dans Le Devoir de ce jour d’hui.

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Internationalisation

2004-11-9 à 11 h 20

Discours du ministre brésilien de l’Éducation, en visite aux États-unis

Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de l’Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu’il pensait au sujet de l’internationalisation de l’Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu’il espérait une réponse d’un humaniste et non d’un Brésilien.

Voici la réponse de M. Cristovam Buarque:

En effet, en tant que Brésilien, je m’élèverais tout simplement contre l’internationalisation de l’Amazonie. Quelle que soit l’insuffisance de l’attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.

En tant qu’humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l’Amazonie, je peux imaginer que l’Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l’importance pour toute l’humanité. Si, au nom d’une éthique humaniste, nous devions internationaliser l’Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier.

Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l’humanité que l’Amazonie l’est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d’augmenter ou de diminuer l’extraction de pétrole, comme d’augmenter ou non son prix.

De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l’Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d’un pays. Brûler l’Amazonie, c’est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l’économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.

Avant l’Amazonie, j’aimerai assister à l’internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France . Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l’Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d’un seul propriétaire ou d’un seul pays.

Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d’enterrer avec lui le tableau d’un grand maître. Avant que cela n’arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu’il faudrait que New York , lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l’humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier.

Si les États-unis veulent internationaliser l’Amazonie, à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l’arsenal nucléaire des États-unis. Ne serait-ce que par ce qu’ils sont capables d’utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes.

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-unis ont soutenu l’idée d’une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d’un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s’assurer que tous les enfants du monde ait la possibilité de manger et d’aller à l’école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu’ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l’attention du monde entier. Davantage encore que l’Amazonie. Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l’Humanité, ils ne laisseront pas travailler alors qu’ils devraient aller à l’école; ils ne laisseront pas mourir alors qu’ils devraient vivre.

En tant qu’humaniste, j’accepte de défendre l’idée d’une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l’Amazonie soit à nous. Et seulement à nous!

Ce texte n’a pas été publié. Aidez-nous à le diffuser.

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26 novembre

2004-11-8 à 12 h 02


Buy Nothing Day

Le vendredi 26 novembre prochain est la 13e journée sans achat (Buy Nothing Day). Pendant ces 24 heures, cessons de consommer, marquons une pause dans la course effrénée. “For 24 hours, millions of people around the world do not participate — in the doomsday economy, the marketing mind-games, and the frantic consumer-binge that’s become our culture. We pause. We make a small choice not to shop. We shrink our footprint and gain some calm. Together we say to Exxon, Nike, Coke and the rest: enough is enough. And we help build this movement to rethink our unsustainable course.”

(Assez étonnamment, les Casseurs de pub parlent du 27 novembre.)

Ceci me rappelle une intéressante activité qu’un activiste (bien sûr) avait suggérée il y a quelques années : prenez tous les objets qui vous entourent dans votre lieu de travail (ou à la maison), et retirez-en les marques de commerce (par exemple, en appliquant un morceau de “tape” par dessus). Bonne façon (si un peu longue, vous verrez) de libérer son environnement mental de toutes ces minipubs.

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40 ans plus tard

2004-11-5 à 11 h 36

En cet après-élection américaine, ces mots de Bob Dylan, me reviennent à l’esprit:

Come you masters of war
You that build all the guns
You that build the death planes
You that build the big bombs
You that hide behind walls
You that hide behind desks
I just want you to know
I can see through your masks

You that never done nothin’
But build to destroy
You play with my world
Like it’s your little toy
You put a gun in my hand
And you hide from my eyes
And you turn and run farther
When the fast bullets fly

Like Judas of old
You lie and deceive
A world war can be won
You want me to believe
But I see through your eyes
And I see through your brain
Like I see through the water
That runs down my drain

You fasten the triggers
For the others to fire
Then you set back and watch
When the death count gets higher
You hide in your mansion
As young people’s blood
Flows out of their bodies
And is buried in the mud

You’ve thrown the worst fear
That can ever be hurled
Fear to bring children
Into the world
For threatening my baby
Unborn and unnamed
You ain’t worth the blood
That runs in your veins

How much do I know
To talk out of turn
You might say that I’m young
You might say I’m unlearned
But there’s one thing I know
Though I’m younger than you
Even Jesus would never
Forgive what you do

Let me ask you one question
Is your money that good
Will it buy you forgiveness
Do you think that it could
I think you will find
When your death takes its toll
All the money you made
Will never buy back your soul

And I hope that you die
And your death’ll come soon
I will follow your casket
In the pale afternoon
And I’ll watch while you’re lowered
Down to your deathbed
And I’ll stand o’er your grave
‘Til I’m sure that you’re dead

(Masters of War, 1963)