Foire aux idées
Une collections d’idées, farfelues ou non

 

Archives de 10/2004

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Justesse du mot

2004-10-28 à 9 h 29

Je suis tombé sur ce mot ce matin: écrivailler, qui signifie “Composer sur divers sujets et en divers genres des écrits sans valeur.” D’aucuns voudront utiliser ce terme pour décrire le phénomène des blogs.

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S.O.S. langues autochtones

2004-10-25 à 15 h 56

Une langue meurt toutes les deux semaines, nous apprenait récemment une étude de l’UNESCO. Pour les nations autochtones du Canada, qui ne sont pas épargnées par cette extinction des identités culturelles, il est temps d’agir. Des 50 langues amérindiennes encore parlées au pays, seules trois ne sont pas menacées de disparition. Et leur déclin se poursuit à une vitesse inquiétante. Lire la suite dans Le Devoir d’aujourd’hui.

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Dommage épistolaire

2004-10-20 à 9 h 33

Parlant de lenteur, le courriel présente un phénomène intéressant. Et potentiellement dommageable, lorsqu’il s’agit d’un échange à caractère délicat, particulièrement lorsque les interlocuteurs ont accès continuellement à leurs messages (à se sujet, une intéressante note qui nous provient via Nana). Dans certaines circonstances, un échange peut plus facilement dégénérer à travers le courriel que par téléphone ou missives traditionnelles.

En effet, contrairement au courrier postal, le courriel demande moins de temps, plus de lenteur. Ce qui implique une réponse plus réfléchie lorsqu’on est froissé par un propos. Le temps de l’écrire peut être le même, mais il faut ensuite avoir déniché l’enveloppe et la cacheter, timbrer, poster. Ce qui donne amplement le temps de “dépomper”. Et, contrairement au téléphone, le courriel n’offre ni l’avantage de la réponse immédiate, ni celui du ton, de l’émotion, du non verbal sonore. Et il donne juste assez de temps pour se pomper un petit peu plus, loisir que le téléphone ne permet pas.

Bien sûr, ce n’est pas le cas pour tous. On peut aussi bien grimper dans les rideaux au téléphone, mais lorsqu’on ressent beaucoup d’empathie pour l’interlocuteur, c’est beaucoup plus difficile que par le neutralisateur qu’est le courriel (ou même la messagerie instantanée). Croyez-moi, j’en ai fait récemment l’expérience &endash; j’ai d’ailleurs pris l’habitude de passer au téléphone lorsque l’épistolite (inflammation des échanges) s’installe.

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Ce que j’aime avec ça, c’est que c’est nouveau

2004-10-19 à 13 h 15

Ce propos sur Socrate rappelle à mon souvenir une anecdote d’il y a dix ans qui illustre bien cette tendance, observable depuis belle lurette (ou moins belle), à encenser le nouveau et déprécier l’ancien [on peut en trouver la quintessence (j’allais dire l’épitome, mais il faut me souvenir que ce mot n’existe toujours pas en français, en fait, pas dans le sens habituellement entendu) dans cette savoureuse réplique des Voisins (Claude Meunier et Louis Saïa) : « Ce que j’aime avec ça, c’est que c’est nouveau ».] Je travaillais, dans cette vie antérieure, au journal des étudiants en Arts visuels d’une université dont je tairai le nom (parce qu’y ayant longuement étudié). Nous avions décidé de nommer, au poste d’éditorialiste en chef, ce cher André Breton (1896-1966); nous avions plusieurs de ses textes qui étaient encore fort pertinents, surtout pour des étudiants en art. Vous devinerez que la réaction de plusieurs fut de décréter que, celui-ci étant mort, ce qu’il disait ne pouvait pas être d’actualité. Il faudrait, avec ça, arrêter de lire ou jouer Shakespeare…

Or donc (pour pléonasmer), d’aucuns penseraient qu’un penseur mort il y a longtemps puisse avoir quelqu’intuition intéressante au sujet d’un phénomène moderne (ou post-moderne, pour ne pas dire ex-néo-post-moderne). L’humain aurait-il radicalement changé ces dernières années?

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Socrate, Thot et Internet

2004-10-19 à 8 h 47

Petit extrait du Phedre de Platon, où Socrate discute (en digression) des vertues de l’écriture.

Le dieu Thot présente au roi d’Égypte plusieurs inventions, dont l’écriture :

« 0 roi! lui dit Thot, cette invention rendra les Égyptiens plus savants et soulagera leur mémoire ; j’ai découvert un remède contre la difficulté d’apprendre et de retenir.
– Ingénieux Thot, répondit le roi, le génie qui invente les arts est autre chose que la sagesse qui apprécie les avantages et les désavantages qui doivent résulter de leur application. Père de l’écriture, et tout charmé de ton invention, tu lui attribues tout le contraire de son effet véritable. Elle ne produira que l’oubli dans les âmes de ceux qui l’auront connue, en leur faisant négliger la mémoire; se fiant à ce secours étranger, ils laisseront à des caractères matériels le soin de leur rappeler des souvenirs dont leur esprit aura perdu la trace. Tu n’as donc pas trouvé un moyen de cultiver la mémoire, mais d’éveiller des réminiscences ; et tu donnes à tes disciples l’ombre de la science et non la science elle-même. Car, quand ils auront appris beaucoup de choses sans maîtres, ils croiront &ecric;tre bien savants, et ne seront que des ignorants pour la plupart et des faux sages insupportables dans le commerce de la vie. »

Il est intéressant de constater qu’un peu la même chose se produit avec Internet. Toutes ces données, ces informations facilement accessibles donnent à l’internaute l’impression d’avoir la somme de la connaissance humaine à la portée de la main. Mais l’information n’est connaissance qu’une fois assimilée, absorbée. La connaissance résulte d’une action de l’esprit qui tire quelque chose de l’information disponible. Et elle prend du temps. À force d’accélérer l’acquisition des données, on enlève, paradoxalement, du temps à leur assimilation. On aurait pu croire que le temps qui a été sauvé nous donnerait l’occasion d’intégrer plus à fond, mais le contraire se produit: puisque l’acquisiton est rapide, il y a un sentiment qui veut que l’assimilation le soit également.

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Perdu dans le cyberespace

2004-10-8 à 9 h 14

AUjourd’hui dans Le Devoir

Cheney s’est perdu dans le cyberespace

Washington (AP) — À son grand dam, Dick Cheney a créé la confusion mardi soir lors du débat qui l’opposait au démocrate John Edwards.

Le vice-président américain a en effet dirigé indirectement les téléspectateurs internautes vers le site de George Soros, un milliardaire qui ne cache pas son opposition à l’administration Bush. Répondant à une question sur ses fonctions au sein de la société Halliburton, qui a obtenu de juteux contrats en Irak, Dick Cheney a invité les téléspectateurs à se rendre sur le site FactCheck.org, un site non partisan dirigé par l’université de Pennsylvanie, pour vérifier la véracité des arguments de John Edwards. Seulement voilà, la langue du vice-président américain a fourché et il a cité le site FactCheck.com, un site de publicité basé aux îles Caymans. Incapable de gérer l’afflux de visiteurs, celui-ci a redirigé les internautes vers l’adresse de George Soros, a expliqué mercredi John Berryhill, avocat de FactCheck.com. «Le but était de soulager la pression sur le service et d’exprimer une idée politique», a déclaré l’avocat.

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Communication

2004-10-7 à 11 h 12

Les lois de la communication de Wiio, chercheur finlandais.

Les ayant lues en anglais (traduites du finnois), je préfère, pour limiter les dégâts, les laisser dans cette langue:

1 Communication usually fails, except by accident.
1.1 If communication can fail, it will
1.2 If communication cannot fail, it still most usually fails
1.3 If communication seems to succeed in the intended way, there’s a misunderstanding
1.4 If you are content with your message, communication certainly fails
2 If a message can be interpreted in several ways, it will be interpreted in a manner that maximizes damages
3 There is always someone who knows better than you what you meant with your message
4 The more we communicate, the worse communication succeeds
5 In mass communication, the important thing is not how things are but how they seem to be
6 The importance of a news item is inversely proportional to the square of the distance
7 The more important the situation is, the more probably you forget an essential thing that you remembered a moment ago
Korpela’s First Corollary: If nobody barks at you, your message did not get through
Korpela’s Second Corollary: Search for information fails, except by accident

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Décès linguistique

2004-10-6 à 14 h 51

Tiré du « Courrier international » :

Les linguistes l’appelaient le ‘fossile vivant’. La voilà morte.

La Chinoise Yang Huanyi a emporté dans la tombe les secrets du nushu, la seule langue au monde créée par des femmes pour communiquer entre elles. Son décès, à 98 ans, met fin à une tradition vieille de plusieurs siècles. Langue codée, le nushu permettait aux Chinoises du Hunan de confier à leurs compagnes leurs pensées intimes et leurs souffrances d’épouses soumises à des mariages arrangés. Dans les années 1950, le nushu était dans le collimateur du Parti. L’écriture, composée de caractères de quatre signes, était taxée de ‘pratique malfaisante’. N’en resteront qu’un dictionnaire nushu-chinois, compilé par un retraité de 78 ans, et quelques rares manuscrits, dont des lettres et des poèmes écrits par Yang Huanyi à sa dernière correspondante, disparue dans les années 1990.