Dans une récente entrée sur zero seconde, on parle de l’autorité cognitive, où des mécanismes utiliser pour juger de la qualité d’un texte. Sujet intéressant en ces cyberjours.
Martin parle du « contrôle de qualité que l’on retrouve dans le monde de l’imprimé (revue des pairs, système de référence, réputation des éditeurs, crédibilité d’une institution d’enseignement, etc.). » Si seulement c’était si simple. Même dans ces cas, il faut tenir compte de la «plausibilité intrinsèque du contenu» et être prêt à remettre en doute le contrôle de la qualité de la revue.
Par exemple, voici la conclusion d’une récente étude : “Women who believed that they had longer to live were more likely to have had a male birth than women who thought they would die earlier (…) The findings are a result of a survey of British women who had recently become mothers. More than 600 women in Gloucestershire were asked to what age they expected to live. The results indicate that people’s perception of their future wellbeing influences the proportion of sexes in the population.” (Résumé)
Ces femmes étaient interviewées alors qu’elles connaissaient déjà le sexe de leur enfant. En fait, après la naissance, on leur demandait jusqu’à quel âge elle pensait vivre. Qu’est-ce qui nous dit qu’elle pensait la même chose avant d’avoir un garçon? Rien dans l’étude ne permet d’établir la causalité. Il aurait fallu leur demander avant la conception pour que cette étude vaille quelque chose (même après la conception, on pourrait arguer que la mère connaît inconsciemment le sexe de son enfant).
Cette étude a été publiée, avec revue de pairs, dans Biology Letters et reprise par Nature, et subventionnée par deux organismes. Or, aucun des pairs ne semble s’être rendu compte que l’étude ne prouve rien. Cet exemple est représentatif d’une erreur assez répandue en science (peu importe le domaine) : voir dans la co-occurrence de A et B une causalité nécessaire de A vers B, alors que B est peut être la cause de A, ou encore, les deux sont la cause de C.
Un des failles de la revue de pairs est que ceux-ci sont, par définition, des habitués du sujet, et ont donc un certain nombre de présupposés qui, la plupart des fois, les aident à faire lapart des choses. Mais quelquefois, les empêchent de voir les lacunes de l’argumentaire. Peut-être devriait-il toujours y avoir un spécialiste de la logique argumentaire sur tous les comités de lecture?